Perspective 2022

20 février 2020

Les enseignements de la "dramatique Griveaux"

     Que nous apprend cette affaire ?

     Que le chef de l’Etat, qui s'est longtemps prévalu d'un rôle apaisant de rassemblement de tous les français face à la fracturation Le Peniste, n'est pas, en réalité le garant des intérêts supérieurs de la nation. En effet, preuve par les actes, il a clairement indiqué que, pour lui, le combat politicien et les intérêts partisans de LReM sont plus importants que l’efficacité du travail gouvernemental, l’avancée des réformes en cours de discussion au Parlement ou le suivi de négociations laborieuses (Hôpital...). Ainsi faut-il lire la désignation par l’Elysée d’Agnès Buzyn en remplacement de Benjamin Griveaux, démissionnaire.

     Que la méthode de désignation, dite des primaires, n’est qu’une vaste fumisterie puisque, si d’aventure (une expression de circonstance, dans ce cas précis) le vainqueur est amené à renoncer, le choix du remplaçant ne se porte pas automatiquement sur son challenger direct, le postulant arrivé deuxième, mais sur une personnalité venue de nulle part, comprendre qui n’a même pas concouru lors de ladite sélection partisane. D’aucuns objecteront qu’en la circonstance, la sécession du sieur Villani explique cela. Mais alors pourquoi ne pas solliciter le troisième dans l’ordre d’arrivée ? Celui-là au moins avait pris le temps de réfléchir à un projet pour sa commune ! 

     Qu’il existe, pour les médias, une façon biaisée de présenter les choses afin d’atténuer la responsabilité et/ou l’irresponsabilité du politique vis-à-vis de l'opinion publique. Ainsi, rares sont les commentateurs qui ont mis en avant le fait que Benjamin Griveaux avait en 2018 rang de ministre, pour n’insister que sur sa qualité présente de candidat à la mairie de Paris. Certes, c'est sa candidature qui a ainsi explosé en vol, mais c'est comme ministre qu'il s'est montré négligent ! Le point clé de cette affaire, c'est bien que ce comportement pour le moins cavalier - hors de tout jugement moral - était celui d’un membre du gouvernement, et non celui d’un simple politique briguant un mandat. Cela n’est pas sans rappeler cette amnésie collective de la campagne de 2017, quand les journalistes n’avaient eu de cesse de vouloir atténuer "l’expérience Hollande" du cursus d'Emmanuel Macron, en minorant l’importance de son poste de secrétaire adjoint de l’Elysée ("simple conseiller économique")et en l’absolvant du bilan économique de son prédécesseur, alors qu’il fut en charge de ce domaine en tant que "conseiller spécial" et "ministre" pendant quatre ans, avant de se découvrir une ambition élyséenne, sponsorisée par de l'argent public et des fonds privés !  

     Que des ministres en exercice utilisent donc une application de messagerie, inventée par des russes, pour communiquer entre eux à titre "professionnel" et avec des tiers à titre privé. Il se trouve que c’est la même messagerie qu’utilisent les organisations terroristes pour organiser leurs actions. Belle référence ! Acceptons pour véridique la version officielle qui veuille que les deux frères à l’origine de Telegram soient effectivement des opposants à Vladimir Poutine. Il faudrait être bien naïf pour croire que la méthode de cryptage des opposants à Poutine n’ait pas fait l’objet, depuis le temps, d’un travail de contre-mesures du FSB (ex-KGB), et par contrecoup de la NSA de sorte que la méthode de cryptage soit aujourd'hui transparente pour les initiés. On ne me fera jamais croire que des services habitués à casser des codes gouvernementaux ultra-sécurisés ne sont pas venus à bout d'un truc d'amateurs éclairés ! Et, en vérité, rien ne dit qu’il ne s’agisse pas d’agents doubles travaillant au profit du seigneur du Kremlin (allez savoir dans ce monde de contre-vérités et de dissimulation !). Après tout, Moscou accuse un retard technologique massif par rapport à l’ingérence américaine sur les communications mondiales, via la NSA et le réseau Echelon notamment. En plus des « usines à troll », la fourniture gratuite d’applications  faussement sécurisées constituerait pour Moscou un bon moyen de savoir ce qu’il se passe, sans devoir investir des milliards de dollars dans la course au renseignement crypto-électronique. Quoi qu’il en soit, gageons que les services français (DGSE / DGSI) travaillent aussi sur le codage Télégram. Nos dirigeants seraient-ils à ce point déconnectés des exigences sécuritaires du monde réel ? Il est amusant qu’il soit fait un large procès à Huawei pour des risques évidents de transmission d’informations à caractère sensible à la Chine, à partir du système 5G notamment, et que les plus hautes sphères de l’Etat français utilisent néanmoins sans problème des applications étrangères, autrement plus suspectes. Pourtant, ils devraient savoir depuis longtemps que seuls nos amis de Fort Meade sont habilités à espionner tout le monde, tout le temps. J’espère que ce dernier trait d’ironie n’aura échappé à personne.

     Que sous la Macronie, nombre de spécialistes du monde médiatique s’estiment en droit de se comporter en  procureur ou en juge face aux trublions du système, de s’instaurer porte-parole de l’exécutif face aux opposants politiques ou de se faire l’avocat de la défense, dès lors qu’un membre LReM est mis en cause dans une affaire. Durant la campagne de 2017, nombre de commentateurs roulaient en sous-main pour le candidat Macron ; certains, parce qu'ils étaient intellectuellement séduits par le vent de fraîcheur de sa personnalité et de sa campagne ; d'autres parce qu'ils faisaient partie de la stratégie de communication du candidat. Vous reconnaitrez facilement ces derniers au fait qu'ils ont obtenu leur sucre de récompense après l’avènement de leur champion. Notez que cette noble profession, si prompte à se parer de la déontologie de la presse, ne s’est pas émue outre mesure de ces promotions, substantielles et/ou honorifiques en échange de ces services rendus au candidat. 

     Que la Justice est d’une formidable efficacité quand on sait la motiver, c’est-à-dire quand il s’agit de défendre les intérêts de l'exécutif, et donc en l'espèce ceux de LReM. J’aimerais bien savoir combien de fauteurs de trouble s’étant illustrés lors du réveillon de la saint Sylvestre – et n'ayant pas fait l'objet d'une comparution immédiate – ont bénéficié d’une interpellation matinale depuis lors. En premier lieu, il est amusant, là encore, de noter que les médias ont bien pris soin de préciser que l’interpellation de l'anarchiste russe avait été uniquement motivée par les faits qui lui sont reprochés lors de la saint Sylvestre… sauf que la mise en examen finalement prononcée concerne uniquement "l’affaire Griveaux". Il ne fallait surtout pas donner l’impression à l’opinion publique que la justice diligente - une exception dans notre pays -  était aux ordres du Président himself  et à la défense des intérêts de LReM ! Il ne fait pas de doute que la menace du russe Pavlevski, consistant à annoncer la mise en ligne de futures vidéos privées qui concerneraient d’autres politiques, a été suffisante pour faire trembler le Château et que, sur injonction de leur patron clanique, Castaner et Belloubet aient exigé de leurs troupes qu’elle fassent  preuve d’une réactivité inédite dans ce genre d'affaires ? Nul doute que les nombreuses victimes de faits de délinquance et d'atteintes criminelles au cours des années 2018 et 2019 trouveront un certain réconfort à constater cette diligence, alors qu'ils sont toujours dans l'attente de voir leurs agresseurs enfin retrouvés, arrêtés et/ou déférés. Ah la merveilleuse efficacité de l’ordre républicain, selon que vous êtes puissant ou misérable... Ah tiens, au fait on en est où de l’enquête concernant la disparition du coffre-fort fantôme du sieur Benalla ?

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16 février 2020

Démission d'Agnès Buzyn : Paris vaut mieux que mes réformes

     La démission d'Agnès Buzyn du grand ministère de la Santé et des Affiares sociales constitue la preuve flagrante que, pour le président de la République, les intérêts partisans l'emportent définitivement sur toute autre considération concernant l'Etat et la pays. La déclaration lors de l'affaire Benalla n'était pas un emportement, mais le cri du coeur d'un chef de clan à sa meute dévouée.

     Au moment où elle était en charge de lourds dossiers sociaux, et notamment la réforme des retraites et les négociations sur le devenir de l'hôpital public (et donc du système de santé français) sans même parler du pilotage conjoncturel du risque Covid 2019, dont elle disait avant-hier que cela l'occupait à plein temps ces derniers jours, elle abandonne son ministère toutes affaires cessantes pour redorer le blason du parti d'Emmanuel Macron à Paris.

     Celle qui disait, le 14 février, ne pas pouvoir participer à la campagne de Benjamin Griveaux au motif qu'elle avait plus important à faire, a opéré une volte-face qui n'est pas sans interroger à nouveau sur le fossé qu'il existe aujourd'hui en politique, et plus particulèrement dans cette majorité LReM, entre le "dire" et le "faire". Les Parisiens sont prévenus : voilà le genre même de personnes "aux ordres" sur lesquelles ils ne pourront jamais compter pour servir leurs intérêts, trop occupées qu'elles sont à servir d'autres maîtres que le simple citoyen-électeur.

     Mais plus largement encore, cette démission surprise est une très mauvaise nouvelle pour le fontionnement de notre démocratie puisque cela prouve aux français que les ministres se sont pas impliqués à leurs tâches, qu'ils n'ont aucun sentiment de responsabilité vis-à-vis de leurs "administrés" et des citoyens, et qu'ils sont même interchangeables à l'envi, y compris en plein milieu d'une crise, ici sociale et sanitaire. Donc à quoi servent-ils en réalité ?

     Celle que la presse et l'exécutif n'ont eu de cesse de présenter comme une grande spécialiste des questions de santé abandonne un hôpital en crise et des urgences en grève depuis... onze mois et des projets de loi, essentiels au pays selon la Macronie, sur le point d'être examinés par le Parlement. Parce que le combat politicien est supérieur à tout ? Parce que seul compte d'obéir à la voix de son maître ? Affligeant.

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Renoncement de Benjamin Griveaux : 2/2

     En marge du renoncement d’un candidat à la mairie de Paris, il a donc été question d’atteinte à la démocratie, de coups portés à la République. Sont-ils vraiment sérieux, ces communicants outragés qui, pourtant, ont largement participé à la curée contre Fillon, jusqu'à parvenir au pouvoir pour certains ? Paris n’est pas la France. A force d’y faire son petit trou, nombre de politiciens ont une fâcheuse tendance à l’oublier. Et le plus grand préjudice fait à la démocratie ces dernières années, c’est bien la prise en otage de la présidentielle de 2017, avec l’exécution politico-médiatique du favori du scrutin. Cette outrance dans la réaction me semble surtout un contre-feu alumé par ceux qui craignent peut-être que leurs propres cadavres sortent (un jour prochain ?) du placard.

     Car la première atteinte à la démocratie, c’est l’entre soi de carriéristes de la chose publique (la res publica originelle), lesquels alternent des fonctions dans les cabinets des pouvoirs exécutif et législatif avec des postes à responsabilités dans le secteur public ou dans des entreprises privées dont ils vont, d’une manière ou d’une autre, servir les intérêts, une fois revenus dans la boucle politique, en tant que conseiller spécial ou ministre. Sous l’innocente appellation du carnet d’adresse, il est en réalité question de copinage et de collusions qui scellent des accords en sous-main, parfois contraires aux intérêts de la France et des contribuables.

     La première atteinte à la démocratie, c’est l’opacité d’un système décisionnaire dans lequel c’est parfois une seule et même personne, ou un petit groupe de personnes issues du même moule et du même "micro-monde",  qui émet une expertise, conseille, argumente, "lobbyise" puis, finalement, par le jeu du temps qui passe et des promotions, prend la décision définitive sur un dossier.

     La vraie atteinte à la démocratie, c’est de prendre des mesures dirigistes qui vont à l’encontre de l’esprit et/ou de la lettre d’un programme sur lequel on a été élu. C’est de "faire" à l’opposé du "dire". C’est d’oublier certains de ses engagements de campagne, à peine a-t-on été élu, tout en justifiant de prendre des décisions contre-versées, parce que figurant en creux sur le même programme ! C’est d’annoncer, en tant que porte-parole d'un gouvernement que l’on mentira devant la représentation nationale et devant le pays, si cela sert les intérêts personnels de son chef de clan ! C’est accepter sans broncher de faire le godillot sur des mesures qui ne figuraient pas dans le programme originel de son Président, et, ainsi, de suivre des consignes de vote partisane, sans même prendre le temps d’une salutaire réflexion personnelle, pour ne pas dire faire jouer sa clause de conscience !

     La vraie atteinte à la démocratie, ce sont ces ministres et parlementaires qui sont à l’origine de textes qu’ils ne respectent pas eux-mêmes. C’est ce sentiment d’impunité toute puissante qui leur fait accroire qu’ils sont intouchables, au-dessus des lois de cette République qu’ils doivent servir, et non l’inverse ! Car la vraie atteinte à la démocratie, c’est d’imposer des choses aux autres – les citoyens lambda – en se refusant à se les imposer d’abord à soi-même parce que l'on se doit de montrer l'exemple, à défaut d'être exemplaire. Combien sont-ils à se prétendre strict sur la législation du cannabis, de l’alcool et des infractions routières par exemple, alors que dans leur cercle plus ou moins privé…  

     Ils se sont habitués à ce que leurs mensonges, leurs omissions, leurs renoncements, leurs trahisons, leurs forfaits passent à la trappe de l’histoire, la grande comme la petite. Et quand, au pis des cas, de manière tout à fait exceptionnelle et généralement après des décennies de procédure, ils sont rattrapés par leurs « erreurs », ils ne reçoivent souvent qu’une légère tape sur les doigts.

     Mais voilà, les temps changent, même s’il est malheureux que les tribunaux inquisiteurs d'une certaine opinion, non représentative de la démocratie réelle, relèvent de réseaux sociaux anonymes, extrémistes, et souvent vecteurs de matières nauséabondes.

     Pourtant le citoyen n'est demandeur que d'une chose dans le fonctionnement apaisé de la démocratie représentative. Que le candidat, et donc l'élu in fine soit porteur de convictions sincères, de valeurs identifiables et indéfectibles. Il ne supporte plus le détournement du suffrage qui consiste pour un élu à se détourner de sa mission ou de son mandat pour gagner un poste honorifique ou obtenir une avancée dans un quelconque organigramme. Le problème de notre démocratie, c’est l’absence de courage du politique à dire réellement ce qu'il pense et ce en quoi il croit vraiment, en dehors de toute posture, en dehors de toute manipulation ou arrangement personnel. 

     La trajectoire brisée de M. Griveaux m’indiffère au plus haut point. Mais pas ce que cette "affaire" nous dit du monde politique et de cette société française en colère, fracturée, malade, outrancière et violente.

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15 février 2020

Renoncement de Benjamin Griveaux - 1/2

     On savait que le monde politique avait, depuis longtemps, perdu la capacité d’entendre la voix des citoyens. Mais à lire certaines déclarations, suite au renoncement de Benjamin Griveaux à se présenter à la mairie de Paris, j’en viens à me demander s’il lui arrive encore de s’écouter lui-même ! De prendre la mesure de ce qu’il ose déclarer !

     En quoi la divulgation de l’incartade Griveaux constituerait une atteinte intolérable à la démocratie ?! Et, pourquoi pas, un grave danger pour la République, tant qu’on y est ?! Nous le verrons plus loin, le danger n’est pas là où tous les commentateurs pointent leur doigt, à l’unisson avec cette classe politique avec laquelle ils entretiennent une consanguinité qui ne manque pas d’interroger le citoyen.

     Qui plus est, rien, ni personne n’empêchait formellement l’impétrant de candidater. Pas les électeurs de Paris, encore moins la justice. Il n’y a jamais vraiment eu de ligue de vertu à l’anglo-saxonne dans notre pays, aujourd’hui encore moins qu’hier ! Or, il n’y a rien que de très banal et de très quotidien dans une affaire d’adultère. Cela a toujours existé – il n’y qu’à constater la proportion des incompatibilités génétiques dans les filiations du siècle dernier notamment - et cela s’est considérablement amplifié depuis que les occasions de se tromper mutuellement entre conjoints se sont trouvées multipliées par le mode de vie moderne. Les français, citoyens du pays de la gaudriole et du libertinage, ne sont ni cons, ni dupes. Ils savent depuis longtemps que l’argent, le pouvoir et le sexe forment un ménage à trois particulièrement fécond en orgies, gabegies et tromperies en tous genres. VGE, Mitterrand, Chirac, Sarkozy, Hollande pour ne parler que des têtes d'affiche ! Ils ont été élus, et parfois réelus !

     Certes, c'est le buzz qui fonctionne comme une caisse de résonance désormais, mais, sur le fond de l’histoire, tout le monde s’en fout royalement ! L’électeur n’a jamais attendu d’un élu qu’il soit, dans la sphère privée, un modèle, un exemple, toute chose qu’il ne saurait lui-même être dans sa propre vie sociale et intime. Il en espère de la compétence dans la gestion du quotidien, de la rigueur pour mener un projet politique à terme et de la droiture pour ce qui est de l'utilisation des comptes publics. Se comporter en homme honnête, financièrement parlant  (intellectuellement étant trop lui demander), bien plus qu’en honnête homme

     Ce qui a mis M. Griveaux dans une situation de porte à faux, c’est la percussion d’une imagerie d’Epinal Travail-Famille-Mairie, récemment mise en scène dans le cadre de la campagne municipale, avec une certaine lecture alternative de la réalité intime. Et, par voie de conséquence, au-delà des ricaneurs grivois, une interrogation légitime sur l’honnêteté supposée de son discours politique.

     La pratique d’une telle divulgation est-elle condamnable au titre du droit ? La réponse est clairement oui. Condamnable au nom de la morale (politique) ? La réponse est plus ambigüe, dès lors que les valeurs familiales –et ou dites traditionnelles – auraient été mises en avant pour s’assurer d’une belle image, fausse en l’occurrence. Condamnable au nom du principe de responsabilité ? La réponse est clairement non.

     Car enfin, et c'est là tout le problème avec la mise ne danger de l'Etat républicain, cette vidéo a été enregistrée, dit-on, en 2018. Quand Benjamin Griveaux était le porte-parole du gouvernement. A ce titre, il était au cœur de la communication exécutive, et donc dans le secret des réflexions sur les dossiers sensibles en cours, sur les arbitrages délicats qui seront finalement actés. Avoir un comportement privé qui est susceptible de porter flanc, non pas à une attaque politico-médiatique, dont on constate qu’elle n’aurait pas eu lieu pour cause d’autocensure, mais à un chantage opéré par une puissance étrangère ou par des intérêts privés particuliers,  partie prenante dans les dits arbitrages, cela relève de l’irresponsabilité personnelle, politique et gouvernementale la plus totale.

     Les services de contre-espionnage n’ont de cesse de casser les pieds des agents ayant à connaître des informations classées secrètes avec force de paperasse, interviews, suivis. Mais où sont les mesures de protection du secret au plus haut niveau de l'Etat ? Ainsi donc, les ministres et les grouillots du premier cercle de leurs cabinets personnels se sentent, eux, libres de faire n’importe quoi, sans être jamais contrôlés ?! Il n'est pas question de moralité ; il est question de sécurité nationale ! La sphère privée n’existe pas pour les bas échelons qui ne sont de petits rouages de la machine du pouvoir ; et elle devrait exister pour les pontes ?

     N’est-ce pas là, le signe inquiétant d’une crasse désinvolture à ses devoirs envers l'Etat et la République ? N'est-ce pas là, la preuve que les nouveaux seigneurs des temps modernes estiment que les règles qui s’imposent aux sous-fifres, ne les concernent en rien ?  

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14 février 2020

Sexe, drogue & Rock'n roll

     L'affaire fait la Une de toute la presse et des réseaux sociaux ce matin. "Renoncement de Benjamin Griveaux" à la course pour la mairie de Paris. En réalité, d'affaire il n'y a point, au sens affaire d'Etat, affaire d'été (en réfénrece à un commentaire LReM sur le cas Benalla) ou même affaire délictuelle. C'est juste une vieille histoire de sexe entre partenaires consentants et de sex-tape, comme il en sort régulièrement dès qu'une personne connue fait l'actualité. Demandez à "Petit vélo" Valbuena et Kaim Benzéma ce qu'ils en pensent ! 

     La classe politique est à l'unisson pour crier au scandale, au viol de la vie privée, à l'insoutenable déviance des réseaux sociaux qui mettent à mal notre belle démocratie, rien de moins. Elle n'a pas tort. A-t-elle raison pour autant ? La belle unanimité transpartisane, qu'on aurait aimé voir et entendre sur d'autres sujets, intéressant l'état ou le devenir de la nation, ainsi que la vie quotidienne des français par exemple, marque surtout la crainte de beaucoup à se voir exposés prochainement sur le mur (virtuel) des cons d'un autre type. Sexe, drogue & Rock'n roll à tous les étages.

     Oui, c'est bien vrai qu'une personne politique n'a pas à subir ce genre de révélations qui sont uniquement du ressort de sa vie privée. Cela ne regarde que les personnes concernées, affectées et/ou mises en cause. Mais il est tout aussi vrai qu'une personnalité politique ne devrait pas "en même temps" s'exposer volontairement et mettre en avant sa vie privée à des fins électorales. Une personnalité politique ne devrait pas se vautrer sur le divan cathodique, un dimance après-midi, comme dans des émissions de divertissement, voire dans des shows "caca-prout" pour séduire telle ou telle frange de l'électorat. Une personnalité politique ne devrait pas se livrer à des confidences très personnelles, voire intimes, dans des magazines people, comme elle ne devrait pas se prêter à la pratique des photos posées ou prétendument volées pour VSD, Paris-Match ou Télé7jours, comme dit la chanson. Une personnalité politique ne devrait pas demander ou autoriser sa famille à parler d'elle, parce que son rôle n'est pas de jouer les rock stars ou les vedettes de sitcom, mais de réfléchir aux affaires du pays, d'élaborer des projets, de dégager des solutions, de gérer un mandat ou un ministère !

     Je pensais qu'après l'affaire Fillon, tous les politiques auraient compris qu'il n'y avait aucun intérêt (doux euphémisme) à mettre en avant des valeurs, familiales ou autres, quand leur vie privée s'inscrit, en réalité, à l'opposé de leurs positions déclaratives auprès de citoyens électeurs. 

     Sont-ils à ce point stupides, arrogants, ou hors sol pour ignorer plus avant que cette hypocrisie de la fause posture et du mensonge permanent ne peut plus durer, du fait de l'existence des réseaux sociaux et des quarante millions de caméras et de micros qui activent les smartphones citoyens. Dans le cas Griveaux, c'est même pire que cela puisque c'est d'une oeuvre "selfiesque" qu'il s'agit. Et ce sont ces mêmes inconscents qui veulent diriger une communauté, locale ou nationale, être proche du bouton nucléaire ?!

     Comme tout un chacun, les politiciens ont un droit non négociable au respect de leur vie privée. Qu'il n'en fasse pas état publiquement eux-mêmes, dans un premier temps, et qu'ils respectent eux-mêmes les valeurs qu'ils disent et promettent de vouloir défendre dans un second temps. Alors sans doute, retrouveront-ils un peu de ce respect qu'ils ont perdu depuis longtemps auprès de leurs concitoyens ! Alors peut-être seront-ils vraiment digne d'exercer leurs responsabilités et leurs charges électives ! 

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11 février 2020

Légitimité des urnes : un problème présidentiel 2/2

     J’ai précédemment évoqué le procès en illégitimité, alimenté par le fossé qui existe entre les promesses de campagne, les engagements du candidat, et les actes du président nouvellement élu. Mais au-delà de ce décalage, cruellement ressenti par l’opinion publique, les récentes présidences sont d’abord délégitimées par l’implacable réalité des chiffres de leur élection.

Année 1965 : la participation aux premier et second tours de la présidentielle représente un total supérieur à 84%. Et l’on compte à peine 2.7% de bulletins nuls au second tour pour départager le général De Gaulle et François Mitterrand.

Année 2017 : la participation à cette élection, pourtant reconnue comme fondamentale pour le fonctionnement de nos institutions, est inférieure de 7 à 10% par rapport à la première élection présidentielle au suffrage universel direct. A cette abstention qui est tout sauf anodine pour comprendre le malaise actuel, il convient de rajouter les 11.5% de bulletins nuls enregistrés lors du duel Macron / Le Pen.

     Si l’on rapproche ces chiffres, établis par rapport au nombre de votants, de ceux qui se basent sur le total des inscrits sur les listes électorales, alors la réalité objective est encore plus cruelle pour l’état de santé de notre démocratie. En effet, Emmanuel Macron a été porté au pouvoir par un "front anti-FN" fort d’à peine 43.6% des français, tandis que 25.4% d’entre eux se sont abstenus, 8.6% ont opté pour le bulletin nul et 22.4% se sont portés vers son adversaire d’extrême-droite. Autant dire que, dès son origine, la présidence Macron est minoritaire dans le pays et qu’il convient de relativiser le niveau réel d’assentiment de la population avec ses idées et/ou son programme. Faut-il le préciser ? Cela ne remet pas en cause la légalité de sa présence au palais de l’Elysée, mais cela explique le manque de soutien pour sa politique, pour ses réformes et/ou pour sa personne.

     Il serait néanmoins injuste de pointer spécialement du doigt cette présidence, comme si la réalité des chiffres ne rendait pas compte d’une dégringolade progressive et continue, président après président. Mais dans une société qui devient plus violente, dans les paroles, avec les réseaux sociaux, comme dans les actes d’incivilité, dans la rue, la présidence Macron est devenue exemplaire de cette illégitimité personnelle du locataire de l’Elysée.

     Illégitimité chronique d’abord, parce que la France est l’archétype d’une société éternellement coupée en deux moitiés sensiblement égales. Excepté le cas exceptionnel de 2002, tous les présidents de la Ve République ont été élus sur la base d’une petite majorité exprimée de votants (entre 50.2 et 55%). Les 58% de voix, obtenus par Georges Pompidou sur Alain Poher, tenaient plus d’un résultat de primaire de la Droite que d’une élection présidentielle, puisque les candidats et les idées de Gauche étaient alors "aux fraises", dans une société toujours traumatisée par les événements de 1968 et par le choc du départ anticipé du général De Gaulle. Ce bon résultat doit donc être relativisé. Quant aux 66% de Macron, il aura fallu la conjonction de nombreux facteurs pour que, finalement, "la victoire soit belle", du moins sur le papier, et avec la réserve mentionnée par rapport au nombre d’électeurs inscrits. Parmi ces facteurs favorables, on peut citer le fameux syndrome dit du "plafond de verre", l’engouement d’une presse très majoritairement partisane de la "nouveauté Macron", le débat d’entre-deux tours, exécrable pour l’image de son opposante, et surtout une position indéfinissable entre "ni-ni" et "et-et" d’un pseudo-centrisme permettant d’attirer tout et son contraire dans un même élan contradictoire.

     Illégitimité de fait aussi, car, dans cette même France bipolaire, la chose électorale a grandement évolué entre 1974 et 2002. Avant 2002, le français vote principalement par conviction ou par attachement à un camp, rassemblé autour de son héraut de circonstance : le centre et la droite derrière VGE (1974), l’union des gauches avec Mitterrand (1981/1988), la droite et le centre pour Chirac (1995). En 2002 et depuis lors, la logique de second tour a fondamentalement changé. Pour des raisons de logiques partisanes et/ou pour des justifications morales. Dans les faits, les français se retrouvent privés de ce qui est la raison d’être du second tour présidentiel, un ralliement des vaincus du premier tour au candidat de leur camp (Gauche ou Droite), avec l’idée de mener des négociations sérieuses (et intéressées) afin de construire un projet plus collaboratif qui tiennent compte au plus près des aspirations exprimées plus majoritairement par les électeurs lors du premier tour. Or, depuis 2002, la classe politique instrumentalise l’élection de sorte à ce que les français soient tenus de voter non plus "pour", mais d’abord "contre". Il est moins question d’un mouvement d’adhésion que d’une force de détestation. Ce n’est plus un prétendant qui gagne, mais un opposant diabolisé qu’on veut/doit faire chuter. Jean-Marie Le Pen en 2002, puis Ségolène Royal (torpillée dans l’entre-deux tours par les barons de son propre parti !), Sarkozy (victime du Sarkobashing), et donc Le Pen fille (haro sur l’extrême-droite).

     Plutôt que le résultat final, non signifiant en l’occurrence, ce sont les chiffres du premier tour qui sont le plus révélateurs de la perte de légitimité d’un exécutif, aujourd’hui contesté parce que devenu contestable de fait, dès son origine.

     Pour mémoire, voici les résultats obtenus par le vainqueur final au premier tour de scrutin : 1965, De Gaulle  44.7% ; 1969, Pompidou 44.5% ; 1974, VGE 32.6% (plus le réservoir Chaban Delmas dans une primaire de la droite et du centre qui ne disait pas son nom avec 15.1%) ; 1981, Mitterrand 25.9% (avec Marchais à 15%) ; en 1988, Mitterrand avec 34.1% ; en 1995, Chirac avec 20.8% (mais avec Balladur à 18.6%) ; 2007, Sarkozy avec 31.2% ; 2012, Hollande avec 27.2% ; 2017, Macron avec 24%. Le passage au second tour s’opère sur une base de moins en moins large, et désormais sans réservoir de voix à report automatique.  

     En 2017, le constat est encore plus terrible : les quatre principaux prétendants se partagent plus ou moins équitablement 85% des suffrages au premier tour, alors qu’aucune passerelle entre eux n’est envisageable pour parvenir à un vrai rapprochement politique et/ou programmatique dans l’entre-deux tours. Certes, certains électeurs de Jean-Luc Mélenchon iront voter soit contre, soit pour Marine Le Pen, de même que certains soutiens de François Fillon. Mais sur sa seule personne et sur son seul programme, Emmanuel Macron n’a jamais convaincu que 24% des votants du premier tour. Il s’agit du score le plus faible jamais enregistré, si l’on excepte le cas exceptionnel de 2002 où le pays sort d’une cohabitation qui a dévalorisé les images de Jospin, Premier ministre et de Chirac, président empêché.

     Si le président de la République est de moins en moins légitime aux yeux de l’opinion, c’est parce que le candidat victorieux s’est révélé incapable de se prévaloir d’un socle convaincant au premier tour et inapte à susciter des soutiens d’adhésion de la part de candidats défaits au premier tour. C’est aussi et surtout que le second tour n’a servi qu’à éliminer le plus détestable des deux prétendants restés en lice.

     A cette tare, il convient d’ajouter, pour finir, que le septennat maintenait l’illusion voulue par le général De Gaulle d’un président au-dessus des partis, d’un président représentant tous les français et ayant, avant tout, le souci de l’intérêt général, du pays et de la nation. Après la saillie d’Emmanuel Macron face aux députés LReM lors de l’affaire Benalla, ou la convocation de ses troupes parlementaires à l’Elysée ce mardi, tout le monde a bien compris que le quinquennat consacrait surtout la victoire d’un chef de clan qui avait, pour première préoccupation, l’intérêt et la défense des siens.

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10 février 2020

Légitimité des urnes : un problème présidentiel 1/2

     Puisque ce blog est dédié à la course présidentielle de 2022, et puisque celle-ci n’en est qu’au déplacement des premières pièces sur le grand échiquier politique, je vous propose de prendre le temps de nous pencher sur un péril qui met en danger l’architecture institutionnelle du pays, rien de moins.

     De quoi s’agit-il ? En l’occurrence, d’un ressenti, général dans l’opinion publique, qui voudrait que les Présidents du XXIe siècle soient de moins en moins légitimes à exercer leurs fonctions au nom du peuple souverain. Si elle n’est pas récente, il convient de remarquer que cette mise en cause, éminemment personnelle, intervient de plus en plus tôt dans le cours du mandat. Or l’adoption du quinquennat a accentué la présidentialisation du régime politique français. Il s’ensuit une situation, fort dommageable pour le pays et, in fine, pour la société, où le représentant par excellence d’un pouvoir hautement démocratique, se retrouve dans une position inconfortable, malgré l’onction du scrutin majoritaire. Son état de grâce tient désormais  d’une réserve circonspecte, plutôt que d’une franche adhésion. Et le procès en illégitimité relève de sa personnalité autant que des actions qu’il entreprend (ou qu’il oublie de mener, d’ailleurs). La cause majeure de ce malaise se trouve dans le constat, terrible, que le vainqueur du scrutin présidentiel est considéré, de plus en plus souvent, comme "mal" élu.  

     Avant tout, remarquons que le problème de légitimité du pouvoir exécutif tient principalement au décalage croissant qui existe entre les engagements de campagne, ou les discours fondateurs d’une candidature, et la réalité des actes, une fois l’impétrant en situation d’exercer véritablement le pouvoir. Et si, hier encore, "le peuple" était un corps social sans mémoire, il n’en va plus de même aujourd’hui, avec Internet et les réseaux sociaux notamment. La digitalisation des informations et les moteurs de recherche font qu’il est désormais à la portée de tous d’accéder aux archives, d’en ressortir les petites phrases oubliées ou les positions anciennes qui décrédibilisent une volonté affichée ou la sincérité véritable de l’Homo politicus.  

     De plus, ce fossé entre les promesses politiciennes et la réalité de l’action publique n’a eu de cesse de se creuser, en largeur et en profondeur, par le jeu des surenchères à l’intérieur même de formations politiques, en panne de leadership naturel. A ce titre, le spectacle donné outre-Atlantique par les primaires du parti Démocrate est particulièrement révélateur du phénomène. En France, la course au "toujours plus", dans le cadre de primaires, fermées (accessibles aux seuls adhérents) ou ouvertes, a fini de déconnecter les candidats à la magistrature suprême avec les réalités objectives du terrain. Jusqu'à leur faire prendre, eux-mêmes, des vessies pour des lanternes ! Galvanisés par des trouvailles, inspirées ou plébiscitées par leurs sympathisants, ils surestiment largement leurs réelles capacités à influer sur le cours des choses, une fois élus. Quand bien même il y aurait une grande part de sincérité dans le discours, leurs engagements ne sont guère tenables par le seul fait qu’ils dépendent de bien d’autres choses que de leur seul bon vouloir de monarque républicain : lois constitutionnelles, réglementation supranationale (UE, OMC…), accords de partenariat, situation économique mondiale, tensions internationales, etc…

     Regardons ce qu’il en a été d’un Macron, européiste excessivement triomphant au carrousel du Louvre, et vite remis à sa place de simple "partenaire" par Angela Merckel au premier sommet européen du mois de juin 2017. On ne s’improvise pas impunément, sinon seul contre tous, du moins seul au-dessus de tous, comme le chantre d’une politique volontariste qui doit s’imposer aux autres pour assurer son propre succès ! Résultat : l’Europe politique est en panne, son économie en berne, le volet sécuritaire aux oubliettes et sa diplomatie conditionnée aux intérêts directs des constructeurs automobiles allemands ! Quand on a conditionné, peu ou prou, sa politique du rebond français à un renouveau de l’idée européenne, le compte ne peut pas y être !

     Quelques exemples pour illustrer cette flagrance du décalage qui mine la légitimité de l’exécutif :

- Le plus édifiant d’entre eux fut la fameuse "fracture sociale" de Jacques Chirac en 1995. Nul doute que le rad-soc corrézien était personnellement en adéquation avec la pertinence de ce concept qui rendait compte d’une réalité qu'il savait prégnante dans le pays. Mais en donnant les clés de Matignon au « meilleur d’entre [eux] » au RPR, il permit à Alain Juppé de ficeler des projets de loi qui s’inscrivaient à l’opposé du constat plébiscité par les électeurs. Ceux-là avaient oublié que l’aspect social avait été mis en avant par l’équipe de campagne pour marquer une nette différence avec le classicisme de droite, développé par le clan Balladurien. Une différence vite gommée  par les barons d’un RPR, soucieux de reprendre son credo libéral pur jus.  

- Si elle n’a pas eu toute latitude de développer son programme économique en raison de la crise financière importée de New-York, la droite Sarkozyste de 2007 aurait néanmoins pu décliner plus largement le volet sécuritaire du triptyque police-justice-défense. Or, au-delà des postures et des coups de menton, il n’y a rien eu de fondamentalement bouleversant en la matière. Ce fut, pour l’opinion publique, une erreur inacceptable de la part de l’ex-premier flic de France, laquelle n’a fait que contribuer au sentiment des français suivant lequel les partis dits de gouvernement se montrent incapables à prendre le problème de la délinquance à bras le corps et que la solution est sans doute à rechercher vers l’extrême-droite.

- Président « normal », François Hollande a opéré un virage à 180 degrés entre son discours belliqueux contre la Finance et ses mesures pro-business qui ont déboussolé son parti, au point de faire exploser ce dernier en vol. Le premier frondeur au Hollande 2014 était, en vérité, le François du Bourget de 2012. Aussi le seul tort du gestionnaire Hollande n’a-t-il pas été de mener une politique de relance de l’offre, avec un accent plus particulier porté sur l’innovation et sur la compétitivité des entreprises. Les bons chiffres (relatifs) de l’économie française des années 2017/19 sont grandement imputables à ce tournant 2014/2016. Non, son erreur fut de croire que son socle électoral – et/ou les députés qui en étaient directement issus – suivrait son changement de pied sans broncher, alors même que son socialisme à la française écrasait la population de gauche sous les impôts et les taxes !

     

     Il faut beaucoup de pédagogie pour expliquer aux citoyens qui vous ont porté au pouvoir les raisons objectives pour lesquelles les priorités budgétaires doivent être modifiées, ou pour justifier que les objectifs assignés durant la campagne électorale doivent être revus à la baisse. Il faut aussi beaucoup de force de conviction pour faire comprendre que l’on reste compétent à faire, même si la criante inadéquation des promesses avec la réalité de la situation tend à prouver soit un méchant amateurisme pendant la période de préparation pré-électorale, soit une ambition  dénuée de tout scrupule à mentir effrontément à ses électeurs. Pédagogie et force de conviction : deux traits de caractère qui ne cadrent pas très bien avec des personnalités issues, le plus souvent, de la technostructure. Alors la question de la légitimité se pose effectivement. Et cruellement.

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07 février 2020

2022 : une campagne déjà inédite 2/2

     L’élection de 2022 est d’ores et déjà inédite puisque personne, avant Marine Le Pen, n’avait osé transgresser cette règle tacite, voulant que tout présidentiable a un intérêt objectif à intégrer son annonce de candidature dans une opération de séduction, destinée à créer un désir électoral autour de sa personne. Alors, certes, il fut parfois de notoriété publique que certains y pensassent "tous les matins en se rasant", comme Nicolas Sarkozy, Jacques Chirac ou François Mitterrand, même si ces deux derniers ne l’exprimèrent pas de cette façon imagée. Mais bien que cela s’apparente, de fait, à un secret de Polichinelle, tous avaient pris garde de respecter les formes et les usages, en se déclarant quelques mois seulement avant le début de la campagne officielle.

     En annonçant si tôt sa candidature, au détour d’une réponse lapidaire qui entendait montrer que cela coulait de source, Marine Le Pen casse les codes sans que l’on sache si cela répond à une stratégie globale mûrement réfléchie, ou si cela relève d’une faute langagière, induite par sa tactique de défense face aux ennuis financiers et judiciaires qui s’amoncellent pour le RN. 

     Marine Le Pen justifie sa déclaration inopinée par l’évidence qu’il y a, pour elle, à être naturellement candidate, puisqu’elle se veut le (seul vrai) leader de l’opposition à Emmanuel Macron. Et puisque les sondages et le président sortant lui-même semblent déjà avoir choisi le duel de second tour, il est difficile de lui donner tort. Ce faisant, elle passe probablement outre les statuts de son propre mouvement dans le mode de désignation du candidat RN à la présidentielle, mais il est vrai que le fonctionnement d’un parti politique s’apparente rarement à celui d’une démocratie.

     Et il faut reconnaître que son meilleur ennemi depuis 2017 a, de son côté, adopté la stratégie de son ami Donald à Washington D.C. en se positionnant comme un président candidat dès son élection. Peut-être pour éviter le risque d’une "Hollandisation" par un collaborateur ambitieux ; sans doute parce que, dès le départ, il a réfléchi sa Révolution réformatrice sur une période longue de dix années. Marine et Emmanuel, Emmanuel et Marine, deux compères qui se légitiment l’un l’autre dans la perspective d’un match retour, puisque le PS et LR sont toujours en convalescence et que la méthode Macron-Philippe n’en finit plus de cliver gravement (et intentionnellement ?!) tous les débats.

     Marine Le Pen explique, par ailleurs, que cette officialisation formelle va lui permettre d’entamer son tour de France des régions, afin d’aller à la rencontre des électeurs. Il nous faut ainsi comprendre que c’est donc dans les terroirs, immergée au sein des "vrais gens" qu’elle va se (re)construire une image de présidentiable, en même temps qu’un programme de candidate sérieuse. En sous-texte, devons-nous en déduire que, lors de sa deuxième tentative en 2017, elle était toujours insuffisamment préparée ? Terrible aveu, en vérité ! Quelles sont ses chances d’être plus en phase avec l’opinion pour ce troisième essai ? Et surtout quelles innovations programmatiques va-t-elle pouvoir sortir de son chapeau pour se réinventer suffisamment sans trop se renier ? 

Cette transgression déclarative va-t-elle lui profiter ? Le doute est permis.

     Se déclarer le plus tard possible permet de jauger les forces et les stratégies de l’adversité multiple. Non seulement son propre discours peut tirer parti des faiblesses relevées chez les autres compétiteurs, mais le candidat retardataire peut aussi se fier aux sondages, qui ont mesuré l’entrée en campagne des concurrents, pour adapter son message à l'opinion publique et proposer les thèmes du débat à suivre. De plus, on sait l’importance du rendu médiatique durant une campagne. Le dernier venu tirera profit d’une couverture concentrée qui annihilera forcément les déclarations passées des autres candidats dans la mémoire des citoyens les moins impliqués dans la chose politique. Le dernier à s’exprimer a toujours plus raison que les autres, c'est bien connu.  

     Par ailleurs, une déclaration de candidature dans les formes se veut bien plus qu’un premier passage obligé pour tout prétendant à la magistrature suprême. Elle s’inscrit comme le point de départ d’une dynamique de campagne. A deux ans de distance, Marine Le Pen se prive de facto de sa mise en orbite en tant que candidate dans les premières semaines de 2022. Quelle pourra alors être le premier étage de sa nouvelle fusée élyséenne ? Quel sera le tremplin qui lui servira à impulser un élan susceptible de mobiliser, au-delà de ceux qui ne sont plus à convaincre ?

     Marine Le Pen semble être partie pour un très long marathon dont on peine à voir comment les différentes phases d’accélération vont s’articuler, puisqu’elle ne devrait pas s’écarter du dogme classique frontiste, maintes fois ressassé. Comment pourrait-elle échapper au même trou d’air qui a perturbé les vainqueurs des primaires de 2011 (PS) et 2016 (LR), partis en campagne dix-huit mois avant l’échéance pour d’abord emporter la décision dans leur propre camp ? Par quelle magie pourrait-elle se réinventer et innover en matière de propositions, après vingt-quatre mois d’une campagne devenue permanente, donc sans relief ?

     Dans une société qui a pris l’habitude de se lasser rapidement de tous et de tout, il est probable que la bonne stratégie de conquête pour 2022 s’apparente plus craisemblablement à une campagne éclair, façon « blitzkrieg », de manière à densifier un discours, afin de ne pas donner trop de temps aux analyses critiques pour s’exprimer. A une déclinaison programmatique, domaine par domaine, étalée sur des mois, on jugera plus utile de générer un buzz important dans les toutes dernières semaines, afin de saturer l’espace médiatique au moment opportun. Mais la construction d’une telle performance est uniquement envisageable pour autant que le candidat ait vraiment quelque chose de consistant à dire et qu’il incarne une certaine nouveauté désirable. En quoi la candidate Le Pen pourrait-elle surprendre à sa troisième tentative, au point d’incarner ce buzz, porteur d’innovations programmatiques ?

     Quand bien même elle peut escompter sur un socle susceptible de lui assurer la sélection pour le second tour, on peut se poser la question de savoir si sa tactique n’est pas révélatrice d’un excès de confiance malvenu. N’est-elle pas victime du syndrome Balladur 1995 / Jupé 2016, ces deux incontournables de la victoire ès-sondages, pourtant passés par pertes et profits pour s’être crus prématurément trop beaux et trop forts. A l’évidence, elle s’inscrit d’emblée dans cette logique de revanche avec Emmanuel Macron qui enjambe le tour initial de 2022. C’est peut-être une grave erreur. Si le mécontentement des français à l’égard de la mandature Macron est profond et durable, rien ne dit qu’elle est la plus à même de l’incarner. Un outsider, inconnu à cette heure, ne pourrait-il pas créer la surprise en devenant le héraut de cette contestation, justement parce qu’il portera alors un discours plus novateur et plus rassembleur dans son opposition au sortant ?

     J'ai dans l'idée que la course à 2022 n'a pas fini de nous surprendre...  

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06 février 2020

2022 : une campagne d'ores et déjà inédite 1/2

     En annonçant sa candidature pour le scrutin de 2022 dès le mois de janvier 2020, Marine Le Pen a officiellement lancé la prochaine campagne présidentielle. Intervenant très tôt dans l’agenda politique national, ce positionnement n'a pas manqué de surprendre, même si deux explications s’imposent immédiatement. En effet, en prenant date dès à présent,

1-    Marine Le Pen coupe court à d’éventuelles manœuvres, en interne, au sein du mouvement RN, comme en périphérie de la mouvance "Patriote – Souverainiste", lesquelles souhaiteraient promouvoir, pour 2022, un champion dont la stature présidentielle serait plus crédible que l'impression d'amateurisme hystérique, encore dans toutes les mémoires après le débat de l'entre-deux tours de 2017. La fille de Jean-Marie Le Pen a eu beau se relooker pour se donner une allure plus posée, rien ne dit que la greffe des lunettes prendra pour plus de cinquante pour cent des personnes qui voteront le jour J.

Quoi qu'elle fasse, la patronne du Rassemblement National n'offre pas les meilleurs gages de sérieux et de compétence que pourrait avoir un candidat plus "idéal", disposant d'un patronyme moins marqué et d'une image personnelle sinon plus lisse, du moins plus fraîche. Reconnaître à "Marine" une belle constance sur certains sujets ou des diagnostics avérés, à l'aune d'expériences récentes, n'en fait pas, pour autant, aux yeux des français, une spécialiste des domaines régaliens ou une fine connaisseuse des dossiers économiques. Certes, les citoyens ont pris l'habitude de voir le costume présidentiel bien trop large pour ceux qui, récemment, ont eu à l'endosser. Mais ces derniers hôtes élyséens avaient profité d'un doute favorable quand le personnage clivant de Marine Le Pen est entâché d'un préjugé définitivement défavorable. On ne se débarrasse jamais totalement d'une première impression négative.

J'ajoute qu'elle n'a jamais donné cette certitude réconfortante de savoir s'entourer d'une équipe, aussi fidèle que solide, susceptible d'apporter cette touche d'expertise qui lui fait tant défaut à titre personnel.

Toujours dans une perspective d'explication interne au mouvement souverainiste, la décision de Marine Le Pen permet à la candidate officiellement déclarée de préempter le label et toutes les idées force des éventuels programmes s'inspirant de ce créneau idéologique. Tous ceux qui, désormais, voudront aller au combat électoral prendront le risque de se voir reprocher de diviser, donc d'affaiblir, leur  propre camp. Ils n'ont aucune chance d'exister au plan médiatique face à celle qui pèse toujours plus de 20% des voix dans les sondages d'opinion et qui a déjà figuré au second tour de la mère des batailles électorales en France. Tout juste auront-ils la possibilité d'exprimer un ralliement en échange d'une inflexion de programme ou d'une participation plus active à une alliance future de gouvernement. De fait, l'initative de Marine Le Pen a sifflé la fin de la primaire "patriote" avant qu'elle ne se soit mise en place. 

 

 

2-    Marine Le Pen instrumentalise par avance les rendez-vous du calendrier judiciaire qui vont l’occuper, au même titre que d’autres cadres et représentants du Front/Rassemblement National, au cours des mois à venir. Celle que les sondages installent régulièrement dans un duel de second tour avec le président sortant préempte, avec habileté, le rôle de la victime politique. En se mettant en situation de dénoncer les stratagèmes d’un système judiciaire aux ordres de l’exécutif, elle espère focaliser le débat sur la victimisation de sa seule personne, bien plus que sur les faiblesses inhérentes à son programme. Ainsi, le débat électoral de 2022 se trouvera, une nouvelle fois, réduit à une peau de chagrin, sur fond de quasi guerre civile en regard des tensions qui fracturent encore plus la société depuis 2017. La forme polluera le fond.

Par ailleurs, la dénonciation de toute tentative d'impeachment anticipé à la sauce française lui assurerait la totale mobilisation des sympathisants RN, et, plus généralement, le soutien inconditionnel de son socle électoral. Il suffit de se rappeler la conséquence de la victimisation du Chirac-version1995 face au couple félon Balladur-Sarkozy, sur les électeurs de Droite (merci les Guignols de l’info !), pour imaginer l’impact qu’aurait toute décision d’inéligibilité, voire une simple mise en examen, embarrassante sur le fond, mais trop tardive sur la forme. Tous les contestataires à Emmanuel Macron (Gilets jaunes, mécontents des réformes successives…) trouveraient là un étendard sous lequel ils pourraient se rallier pour espérer, enfin, une victoire sur leur "bourreau", au-delà de toutes leurs divergences d'opinion.

Pour autant, ce contre-feu conspirationniste, allumé préventivement par Marine Le Pen en janvier dernier, ne suffirait pas à rallier en masse les électeurs LR : la ficelle du complot dénoncé à corps et à cri est trop connue pour abuser nombre de ces électeurs supplétifs que Marine Le Pen doit obligatoirement séduire pour emporter le scrutin. Sauf qu’il suffirait que le procès Fillon, prévu en avril, tourne au fiasco judiciaire pour les procureurs politico-médiatiques de 2017 (sous la forme d’un non-lieu, voire d’une absence de peine effective, par exemple) pour que ces mêmes électeurs de Droite se convainquent du fait que leur victoire annoncée de 2017 leur a bel et bien été volée par des forces oeuvrant dans quelque cabinet obscur. Cela suffirait à ce qu’ils veuillent alors prendre leur revanche, par tous les moyens, y compris et surtout en accordant un match retour victorieux à Marine Le Pen, à défaut de pouvoir récupérer un François Fillon, parti sous d’autres cieux professionnels. Car preuve aurait été faite, avec le pschitt judiciaire de la vraie-fausse affaire Fillon, qu’il existe réellement une parodie de justice jouée par un "parquet aux ordres", qui bénéficie du soutien actif de mass médias au service exclusif des "puissances de l’argent".

Dans ces conditions, le duel réchauffé de second tour verrait la logique "tout sauf Le Pen" des scrutins 2002 et 2017 laisser la place à celle d'un "tout sauf Macron", brusquement devenu présumé comploteur bénéficiaire opportuniste. Les électeurs de droite trouveraient une légitimité nouvelle à ne pas tomber « une fois de trop » dans le traquenard de diabolisation inventé en 1985 par un François Mitterrand, habile à embarrasser la Droite avec son extrême, mais très à l’aise, de son côté, pour siphonner sans vergogne toutes les voix sur son extrême-gauche.

Pour se venger de l’infamie vécue par le châtelain de la Sarthe, il est même possible que les électeurs de Droite décident de voter utile, comprendre Marine Le Pen, dès le premier tour, surtout si LR est incapable de proposer une candidature crédible à prétendre passer l’épreuve de sélection du tour initial.

Quant aux électeurs LFI de 2017, ces mêmes conditions pourraient conduire ceux que le comportement erratique de Jean-Luc Mélenchon a déçu, à passer, sans état d’âme, d’un extrême à l’autre en ralliant une candidate symbolisant, dans ce « martyr » politico-médiatique, une résistance populiste luttant contre l’oppression "judiciarisée" des élites. En espérant cette chance de succès qu’ils savent interdite au député de Marseille !

 

     On comprend tout le paradoxe qu’il y aurait à constater, au soir du second tour de 2022, qu’une même problématique politico-judiciaire, produise l’effet inverse de celui de 2017, face au même Emmanuel Macron. Si Marine Le Pen était élue, ce serait principalement parce que "les boules puantes", jadis dénoncées par François Fillon, auront été gérées très en amont de la campagne électorale, par une justiciable pas comme les autres, parce qu'ayant fait une annonce de candidature très anticipée. Cette campagne 2022 sera inédite... Et ce n'est qu'un début.

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03 février 2020

Présentation du bloggeur

     La révolution Internet a ouvert la porte à l’expression universelle sous X. Cette promesse d’anonymat est la garantie d’une certaine liberté de parole, indépendante et sans filtre. Mais elle autorise aussi tous les abus de langage, comme elle encourage souvent toutes les ignominies. Il n’est qu’à constater la violence des prises à partie personnelles sur les forums de discussion, les insultes laissées en guise de commentaire, sur les blogs notamment, et les stupidités sans nom qui sont véhiculées par et sur les réseaux sociaux. Sans doute parce que, à l’instar de cette fameuse langue, chère à Esope, l’utilisation de ce vecteur de communication électronique renvoie, à des degrés divers, au meilleur et au pire de ce qui se cache en chaque individu.

     Malgré ces travers regrettables, l’anonymat d’un blog, tel que celui-ci, présente, de mon point de vue, deux avantages. D’abord, celui de mettre en avant le fond du propos, plutôt que promouvoir la personne du rédacteur. Avec la mode du selfie, notre rapport imagé au monde est suffisamment égotiste pour que la subjectivité d’un propos puisse, pour un temps encore, échapper à cette logique de nombrilisme auto-satisfait. Il est loin le temps où le journaliste s’effaçait derrière l’information, où l’interviewer ne se considérait pas comme la principale vedette de son entretien avec l’invité du jour ! Le second point positif est que l’anonymat n’ostracise pas un auteur, inconnu par définition, sous prétexte qu’il ne serait pas référencé dans le cercle d’initiés déjà (re)connus. Non seulement, le bon sens et la lucidité appartiennent à tout le monde, mais la clairvoyance analytique peut s’apprendre ailleurs que sur les bancs de Sciences-Po Paris et dans les autres grandes écoles de la République. Ce qui fut mon cas, je vais y revenir.    

     Aussi vous permettrez que je garde pour moi mon identité réelle. C’est sous le pseudo Sirius56 que je signerai mes posts. Parce que Sirius est l’étoile la plus brillante du ciel, après le soleil, et que j’espère que mon éclairage sera à la hauteur de son éclat nocturne. Car entre les fake news, les demi-mensonges et les contre-vérités dans un univers médiatique saturé d’informations, l’obscurité progresse à grands pas dans notre pays et il est grand besoin de clartés salvatrices.

     En revanche, en tant que lecteur, vous êtes parfaitement fondé à demander dans quelle mesure je suis réellement compétent à m’emparer des sujets qui nous occuperont bientôt. Il est donc normal que je vous livre néanmoins quelques clés pour vous permettre de mieux connaître mon cursus.

 

Une solide formation de base

     Dès mon entrée dans la vie active, j’ai été formé à l’analyse et à l’exploitation de données. Données techniques, données générales, données spécifiques, rattachées à un domaine particulier ou à une zone délimitée. A ce rythme, et sous réserve d’un investissement personnel significatif, l’on passe rapidement du statut de béotien à celui de spécialiste multi-cartes. Dans ce milieu très fermé, une seule règle prévaut : l’honnêteté face à la question de l'éminence supérieure. Soit vous connaissez la réponse, soit vous ne la connaissez pas. Vous n’avez pas le droit d’inventer ! Et l’appel à un ami - façon Jean-Pierre Foucault - pour emporter la mise n’existe pas.  Une analyse de données se construit sur les matières tangibles et opposables ; les conjectures et autres supputations ne sont pas de votre compétence.

     Certains d’entre vous comprendront entre les lignes que j’ai longtemps œuvré dans cette coulisse de cet Etat de droit que l’on nomme « monde du Renseignement ». Et ceux qui ont apprécié l’imaginaire de Tom Clancy pourront, s'ils le veulent, me surnommer « petit Jack », en référence au personnage-clé d’Octobre rouge, sans que j’y trouve à redire. Ranger, prioriser, compiler des informations n’a rien d’exceptionnel en soi. Dégager une logique, relever des incohérences, remettre des données éparses en perspective pour parvenir à une information étayée sous-jacente exige, en revanche, une certaine mobilité intellectuelle, qui, une fois acquise, ne vous abandonne plus, y compris quand vous êtes redevenu un simple citoyen devant le journal télévisé du soir.

     Une information prend tout son sens uniquement si elle renvoie à d’autres éléments bruts autour desquels elle s’articule. Elle se considère sous l’angle des intérêts, des fameux tenants et aboutissants. Elle s’inscrit dans une logique de causes et d’effets, directs, induits et indirects. Ce travail intellectuel suppose que l’on ne s’arrête pas aux apparences, ni aux logiques convenues, pas plus qu’aux préjugés ou à une supposée bonne foi.

     Et quand on a, comme moi, travaillé dans le monde souterrain de l’information, on dispose, pour une situation donnée, d’une grille de lecture qui relativise d’emblée le « on » des comptes-rendus officiels pour se mettre en recherche du « off » des remontées de terrain et des informations corollaires, dissonantes ou contradictoires. J’ajoute que cette expérience, forgée lors de crises sécuritaires majeures, m’a permis de prendre un recul salutaire par rapport au travail journalistique, que les manquements à la réalité intrinsèque de l’information d’alors aient été le fait du reporter lui-même, ou qu’ils aient été dictés par une ligne éditoriale orientée ou partiale. Mais je ne vous apprends sans doute rien en la matière. Comme tout un chacun dans le métier qu’il  exerce, vous avez sans doute été confronté aux approximations, raccourcis et autres  généralités réductrices, voire fausses, qui sont professés par les grands médias sur les sujets que vous maîtrisez. D’aucuns disent que c’est le prix à payer pour transmettre, de façon simple, la bonne parole au plus grand nombre. Je considère pour ma part que cette nécessaire simplification se double trop souvent d’une grossière caricature ou d’une arrière-pensée orientée qui se dissimule derrière un paravent déontologique.

 

Une mobilité professionnelle multi-sectorielle

     Après des années passées dans cette école rigoureuse de l’information et de l’analyse, j’ai intégré le secteur privé, dans des domaines d’activité divers et variés sans correspondance directe avec l’exploitation des renseignements. Ces expériences m’ont fait connaître, de l’intérieur, le monde de l’entreprise et celui des travailleurs indépendants, en France et à l’étranger. Car j’ai aussi beaucoup voyagé, un détail qui ouvre l’esprit, plus encore que l’horizon. Depuis une dizaine d’années, je m’accomplis dans un secteur d’activité qui semble aux antipodes de mon premier métier, celui des sciences de l’Environnement. Or, bien au contraire, ce domaine, transversal par essence à tous les sujets économiques et sociétaux, implique d’analyser et de synthétiser au quotidien toutes sortes d’informations qui rendent compte de l'origine, de l’état et du devenir du monde, ainsi que des défis « politiques » à relever, par voie de conséquence.

 

Une expérience du microcosme politique

     Pour terminer, je ne saurai passer sous silence les deux années de pur bénévolat que j’ai passées au service d’un micro-parti politique local en lointain Outre-Mer, au titre de conseiller en communication et rédacteur du support Internet. Evoluant dans un microcosme social et politique très particulier, à une période électorale charnière, cette expérience m’a tout fait connaître des ressorts cachés de la politique politicienne et des motivations des acteurs, directs et indirects, qui concourent à rendre le débat public biaisé. Dans cette France en réduction où les cabinets ministériels étaient encore accessibles et les élus de premier plan, toujours à portée d’engueulades, j’ai pu observer le théâtre politique côté cour et côté jardin, dans les coulisses des répétitions comme depuis les échafaudages des projecteurs. J’ai aussi eu l’occasion de côtoyer les milieux d’affaires, le monde syndical et celui des lobbys ; j’ai pu constater l’inertie naturelle de l’Administration et le rôle – parfois peu républicain -  de hauts fonctionnaires uniquement concernés par leur bien-être personnel au détriment de la volonté  démocratique exprimée dans les urnes.

 

C’est donc fort de cette expérience multiforme que je m’estime qualifié à tenir ce blog qui entend décrypter le « on » et le « off » des débats d’idées ou des postures dans la perspective de 2022.

Posté par Sirius56 à 11:09 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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